jeudi 15 octobre 2015

La ligne d'arrivée : les Hautes-Pyrénées

Mercredi 14 octobre, 18h30, Nam m'accompagne avec sa roue électrique, et son fils court derrière nous dans la grosse montée. 

Près du village de Latrape, avec Nam, et Ethan qui court loin derrière.

Ce n'est pas très raisonnable d'attaquer une si forte pente dès le départ, sachant qu'il me reste encore 55 kilomètres, avec une majorité de faux plats montants jusqu'à Ganties où je vais dormir ce soir. Je roule doucement pour ne pas perdre un voyant dès le premier kilomètre, et arrive en haut de la colline sur un chemin de terre avec une belle vue sur la vallée du Camedon. Une belle et longue descente me permet de regagner de l'énergie, et j'atteins la départementale qui suit le petit ruisseau dans la vallée. J'arrive à Rieux-Volvestre, une belle petite ville au style médiéval avec une cathédrale dont le clocher me fait penser de loin à la tour de Pise. Je retrouve plus loin la Garonne que je longe de plus ou moins près et que je traverse à plusieurs reprises.

J'ai à peine fait la moitié du chemin, il fait déjà nuit, je m'arrête pour mettre mon coupe-vent, et installer les diodes afin de me faire voir par les voitures. Les piles de ma lampe torche fonctionnent toujours, alors que j'ai l'impression de l'avoir utilisé bien plus que ce que l'autonomie indiquée annonçait. Par précaution je ne l'allume qu'en cas de nécessité et roule dans l'obscurité en suivant la ligne blanche au milieu de la route que je distingue à peu près. Le téléphone et la roue aussi ont des batteries qui fatiguent, notamment à cause du froid. Je parcours les vingt derniers kilomètres en mode économique, le smartphone en mode avion, et je pousse la roue en marchant dès la moindre montée, parfois totalement dans l'obscurité. J'ai vraiment l'impression que je vais devoir terminer à pied. En plus je ne sais pas exactement où je vais, car ça fait très longtemps que je n'ai pas été chez André et Marie-Andrée, et de nuit je suis certain de ne pas reconnaitre.
Il est 22h, ça n'avance pas vite, André me demande par SMS où j'en suis, et me propose de me rejoindre pour m'indiquer la route.
Il arrive à temps en voiture, juste avant l'entrée du chemin pour accéder à leur maison que je n'aurais jamais trouvé tout seul. Je suis quasiment arrivé, je me permet de reprendre un peu de vitesse pour suivre la voiture-guide, en puisant le peu d'énergie restant.
Un bon repas tardif et bien mérité m'attend, puis je m'en vais passer la nuit dans leur caravane.

NUIT 18 : J'ai chargé chez André et Marie-Andrée.

Avec André et Marie-Andrée, à Ganties.

Jeudi 15 octobre, 8h, réveil après une courte mais très bonne nuit dans la caravane, je prends le petit-déjeuner en attendant quatre cyclistes qui vont m'accompagner pour les 67 derniers kilomètres restant jusqu'à Banios, petit village des Hautes-Pyrénées, où j'ai grandi jusqu'à mes 20 ans.

C'est avec deux heures de retard que nous partons en fin de matinée. Ce n'est pas très adapté de rouler avec des vélos : en descente je dois rouler à fond, bips en continu, pour ne pas me faire semer, et en montée je vais très lentement pour les attendre. Au moins, c'est assez économique comme conduite, d'autant plus que je prends régulièrement leur aspiration pour éviter de faire face au vent.

Avec André, Michel, Gwenaël et Benjamin.

Nous arrivons à 13h à Montréjeau, où je repère au milieu d'une place, un placard électrique, utilisé certainement les jours de marché, avec quatre prises en libre accès. Nous en profitons pour faire la pause casse-croute pendant que la roue charge une petite heure.
Je rajoute la prise électrique sur l'application 220volts, que j'ai eu l'occasion d'utiliser à plusieurs occasions pendant mon périple, puis nous repartons sur la grosse départementale qui nous fera quitter la Haute-Garonne quelques bornes plus loin.

Arrivé 18 jours après le départ d'Amsterdam.

Nous entrons dans notre département, qui sera pour ma part le vingtième traversé depuis la frontière à Maubeuge. Il ne reste plus que 30 km : d'abord beaucoup de faux plats montants, puis une très grosse descente, et enfin le plus difficile pour la fin : 470 mètres de dénivelé à monter !

La petite heure de charge pendant la pause casse-croûte ne sera pas suffisante pour arriver à bout de cette étape, je pousse régulièrement la roue lorsque ça grimpe trop fort pour l'économiser, et aussi pour attendre les quatre cyclistes qui sont à bout de souffle. Ils n'ont pas l'entraînement nécessaire pour parcourir une telle distance, et même en marchant je finis par prendre beaucoup d'avance. Je m'arrête une demie-heure pour les attendre, pendant que ma roue bénéficie d'une mini-recharge dans le hangar d'une personne que je connais.

Puis c'est reparti pour la dernière ligne droite (avec beaucoup de virages), il ne reste que cinq kilomètres. Je ne me rends pas vraiment compte que je suis en train d'arriver dans mon village natal après avoir parcouru plus de 1500 kilomètres depuis les Pays-Bas en monocycle électrique...

Avec mon père et André, à 200 mètres de l'arrivée.

Ça y est, c'est la fin ! Je passe devant la fromagerie de mes parents, le chien m'accueille en essayant de mordre la roue pour jouer, je vais à l'étable pour rendre une visite aux chèvres, et enfin je retrouve ma chambre, où ma roue et moi, inséparables, allons passer une bonne nuit.

NUIT 19 : J'ai chargé chez mes parents.


Avec mes parents dans leur fromagerie à Banios.

  • 18 jours de voyage dont seulement 3 jours de mauvais temps.
  • De 60 à 110 km par jour.
  • Environ 1600 kilomètres à travers 3 pays.
  • En France : 8 régions / 20 départements : 59, 02, 60, 77, 93, 75, 94, 91, 45, 18, 58, 03, 63, 19, 15, 46, 82, 31, 09, 65.
  • 41 arrêts : 29 recharges complètes + 10 recharges complémentaires + 2 pauses sans électricité.
  • Environ 202 heures de recharge sur 39 prises électriques.
  • 10 kg de perdus.
  • Aucun accident, aucun problème technique.
  • Gotway 18" MSUPER : roue testée et approuvée 100% fiable !


Merci de m'avoir suivi, aidé et encouragé.

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A SUIVRE :

Nous irons charger chez vous, de Dakar à Tambacounda, en Avril 2016.

Prochain voyage au printemps 2016 : informations prochainement sur les Wheelers de Paris.

mercredi 14 octobre 2015

La Haute-Garonne et l'Ariège

Mardi 13 octobre, 17h30, avant de quitter Montauban je regarde rapidement le parcours qui m’attend jusqu’à Toulouse : une ligne droite de quasiment cinquante kilomètres ! Ça me fait peur, je sens que je vais devoir longer une nationale très désagréable pendant trois heures. Un peu comme on pourrait appréhender une arrivée en vélo à Paris, j’avais un peu peur que l'accès à Toulouse, quatrième plus grosse ville de France, soit assez laborieux. Mais pas du tout, c’est pareil que la capitale, il suffit d’arriver par le bon endroit. L'interminable ligne droite que je voyais sur la carte n'est en fait qu'un chemin de halage au bord d'un canal latérale à la Garonne. Je vais parvenir à la ville rose de la même manière que le canal de l’Ourcq m’avait conduit à Paris.

C'est assez monotone, pratiquement aucun virage, et plus ou moins le même paysage défile pendant deux heures. Au fur et à mesure que j’approche de l’agglomération, le bruit et la densité des routes et des constructions s’intensifie. J’arrive de nuit dans une banlieue mal éclairée, je passe dans des zones assez sinistres, sous des ponts où il y a de nombreuses caravanes et tentes avec des clochards, des bandes de jeunes qui rôdent, et des groupes de marginaux avec des chiens qui hurlent à mon passage. Ce n’est pas très rassurant, je fonce tête baissée, dans ma bulle avec ma musique, en ignorant tout ce qui se passe autour de moi.

J’atteins la capitale de la Haute-Garonne, traverse à deux reprises le fleuve et arrive enfin chez Naïck un étudiant Toulousain, chez qui Rémi, un ami de longue date, squatte depuis quelques semaines. Je suis venu à bout de ces 110 kilomètres de justesse, en utilisant les deux charges jusqu'à la dernière goutte d'énergie.

Câlin avec Rémi, Naick et le bébé de 20 kg.

NUIT 17 : J’ai chargé chez Naïck et Rémi.


Mercredi 14 octobre, 8h, je quitte l’appartement en même temps que les deux amis Toulousains partent travailler, et m’en vais en direction du sud-ouest, en traversant avec difficulté des zones industrielles. Au bout d’une heure de traversée laborieuse de la banlieue sud, j’arrive enfin sur un chemin de terre dans les champs. Mais ce repos sera de courte durée, car très rapidement je suis contraint de rejoindre une départementale assez étroite et très fréquentée pendant une bonne vingtaine de kilomètres.

Il y a quelques jours, un wheeler m’avait proposé, par le biais d'internet, de m’accueillir pour une pause recharge à 45 kilomètres au sud-ouest de Toulouse. C’est donc chez cette personne, à Latrape, que je suis en train de me diriger pour faire la pause de mi-journée.

La route est longue, en ligne droite, avec un léger faux plat montant, et un vent de face glacial. Les conditions ne sont pas bonnes pour arriver à destination sans une petite recharge intermédiaire. Je m’arrête donc à Saint-Sulpice-sur-Lèze, au sud de la Haute-Garonne, dans un bistrot pour une recharge rapide de 45 minutes et me réchauffer le bout des doigts.

Je reprends la route et traverse très brièvement une péninsule de l'Ariège au milieu de la Haute-Garonne, à Lézat-sur-Lèze, de la même manière que j'avais traversé de nuit Bort-les-Orgues, situé dans une péninsule de la Corrèze au milieu du Cantal.
Ma roue est de nouveau à bout de souffle à cause du vent et des pentes de la vallée de la Lèze, je grimpe à pied la colline où est perché le village de Latrape, où je rejoins Nam et son Airwheel. A ma surprise, ce n'est en fait pas un wheeler mais une wheeleuse ! Il y a très peu de femme dans notre communauté, et j'en rencontre une dans cet endroit perdu.
Je suis accueilli par Ethan son fils de 10 ans, qui me fait une visite très détaillée de sa grande maison, de la mezzanine au grenier en passant par le moindre petit placard à chaussure. Puis nous prenons l'apéro avant de passer à table.

C'est une pause recharge qui a démarré un peu tard, et m'obligera à ne reprendre la route qu'en début de soirée. Ce sera donc une étape à la tombée de la nuit, qui me fera arriver chez André et Marie-Andrée, des amis de mes parents, qui habitent près de Saint-Gaudens.

mardi 13 octobre 2015

Le Lot et le Tarn-et-Garonne

Mardi 13 octobre, 3h, je suis réveillé en pleine nuit par une petite pluie fine, la température s’est rafraîchie. La roue est chargée, je décide d’avancer quelques kilomètres pour finir la nuit à l’abri. Je repère une grange au bord de la route, dont le grenier est rempli de foin en vrac qui fait une très confortable literie.


Je me réveille à 8h au lever du jour, je plie mon sac de couchage et continue ma route à travers le département du Lot, puis arrive rapidement dans le Tarn-et-Garonne. Rien de palpitant sur ce tronçon, le ciel est gris, la route n'est pas géniale... Je passe la rivière de l’Aveyron puis celle du Tarn en arrivant à Montauban.

Je traverse le centre-ville en me faisant une fois de plus repérer par les passants, à cause des bips de la roue qui arrive en fin de charge. En arrivant dans une grande zone commerciale, les quatre voyants se mettent à clignoter en même temps, cette fois c’est vraiment la fin. Ça tombe bien, à 50 mètres il y a encore un Mac Do. Je pousse la roue pour les derniers mètres, entre les lamas et les dromadaires qui broutent la pelouse où s’est installé un cirque, et je rentre dans le fast-food où je suis accueillis avec un fort accent du sud-ouest, dans une décoration sur le thème du rugby. C'est bon, je ne me suis pas trompé de région pour ce quatrième et probablement dernier épisode de "J'irai charger chez Mac Do".

Voilà à quoi devrait ressembler le trajet définitif...

Mes prochaines destinations pour dormir et charger sont plus ou moins planifiées, je peux arriver au bout en quatre fois dans le meilleur des cas. Probablement plutôt cinq, car à la fin ça va grimper dans les montagnes...

lundi 12 octobre 2015

De l'Auvergne au Midi-Pyrénées

Dimanche 11 octobre, 15h30, après une petite sieste allongé sur un muret, je sens que le voyant rouge ne va pas tarder à changer de couleur. Je range mes affaires, et au moment où il ne restait plus que le chargeur à mettre dans le sac, il devient vert. Quel talent ! Je commence à savoir estimer avec précision la durée de charge, en fonction de ce qu’il restait avant.

Avant de partir, je contacte Hélène dont j’ai repéré le profil sur Warm Showers, qui accepte de m’héberger pour la nuit à Cayrols, environ 45 kilomètres vers le sud-ouest. J’utilise le GPS qui me fait emprunter des beaux chemins en forêt et des routes peu fréquentées. Je pensais en arrivant dans le Cantal que j’en avais fini avec les montagnes du massif central, mais je continue de franchir régulièrement des vallées plus ou moins encaissées. L’itinéraire proposé me fait prendre un raccourci dans les bois, sur un chemin forestier très en pente. J’arrive en haut en sueur après avoir poussé la roue sur un dénivelé positif d’une bonne centaine de mètres. Plus loin, je franchis d’énormes flaques de boue que je ne peux contourner. La roue s’embourbe jusqu’à la hauteur des cale-pieds, je n’ai pas le droit à l’erreur sinon je prends un bain de boue jusqu’aux chevilles.

Je poursuis ma descente assez longtemps sur des routes rurales parmi les troupeaux de vaches et les petites fermes. C’est une région très sauvage, il n’y a pas de réseau, j’aurais vite fait de me perdre sans le GPS.

J’arrive en fin d’après-midi où je suis accueilli par Hélène, Adon et leurs nombreux amis venus les aider pour la rénovation de leur maison. L’accueil est chaleureux, et nous passons une bonne soirée dans le jardin autour d’un feu de cagette en mangeant des châtaignes, de la soupe et des sandwichs de récupération réchauffés à la poêle sur les braises. J’aime la variété des hôtes que l’on peut trouver sur ce site internet, après la grande maison luxueuse de Marc dans l’Allier, ici rien à voir, c’est beaucoup plus rustique, avec toilettes sèches et sans eau chaude. Le principal c’est de bien dormir, et après la mauvaise nuit précédente, ça ne va pas être dur.

NUIT 15 : J’ai chargé chez Hélène et Adon.

Avec Hélène et Adon, à Cayrols.

Lundi 12 octobre, 10h, après un petit-déjeuner en compagnie d’Adon, je débranche la roue qui s’est goinfrée pour la deuxième fois d’électricité "propre et responsable" et je m’apprête à reprendre la route en direction de Figeac. Je prends deux pommes dans le jardin, où le pommier en laisse tomber bien plus que ce que les gens ont le temps de consommer. Puis je pars en obéissant, parfois à tort, au tracé proposé par le GPS, qui invente carrément des chemins où il n’y en a visiblement jamais eu. Il finit par me faire perdre dans un pré chaotique où la roue se bloque dans un trou et me fait tomber dans l’herbe. Première petite chute du voyage… filmée en plus.


Je continue à pied, et franchis quelques clôtures électriques et barbelés, en faisant passer à chaque fois d’abord la roue puis le sac à dos. Je me retrouve dans un pré que je suis contraint de contourner par celui d’à côté, car quelques vaches avec de longues cornes semblent ne pas vouloir me laisser passer. Une en particulier, renifle méchamment et son regard me fait comprendre que je n’ai pas intérêt de venir faire des traces de pneu sur son herbe.
Après deux ou trois franchissements de barbelés supplémentaire, je finis par retrouver le bitume, et c’est à ce moment que j’arrive enfin dans la région Midi-Pyrénées.

Après une grosse descente, j’arrive à Bagnac-sur-Célé, où je suis bloqué pas les gendarmes car Emmanuel Macron est en visite et il ne faudrait surtout pas le déranger dans le périmètre de sécurité qui occupe tout le centre du village. Je contourne par des petites rues et arrive sur la Nationale qui va à Figeac, le long du Lot et de la voie ferrée. Il y a beaucoup de gendarmes dans le coin à cause de la venue du ministre, mais aucun ne m’embête, pourtant je ne suis pas vraiment sensé emprunter la route avec mon appareil.

C’est seulement en arrivant à Figeac que je m’aperçois que j’ai oublié mes protège-poignets à Cayrols. Tant pis, j’éviterai de tomber jusqu’au prochain Décathlon.
Je n’ai pas vraiment faim, je décide d’aller faire une petite pause recharge à la gare. N’ayant fait presque que de la descente, la batterie est encore à moitié pleine malgré la bonne quarantaine de kilomètres effectuée.

Assis dans la salle d’attente, j’entends « Le train pour Toulouse va partir ». C’est tentant, ça me ferait gagner deux jours ! Hier soir également deux jeunes m’ont proposés de m’emmener à Albi en voiture. Mais je n’ai pas triché pour le moindre kilomètre jusqu’ici, ce n’est pas le moment de craquer. Il ne me reste plus que quatre nuits à passer selon mes estimations, dont deux où je sais où dormir, je commence à voir le bout, il faut tenir bon !
Si je suis efficace, je peux réussir à dormir chez un ami à Toulouse demain soir, à condition de rouler beaucoup, voire même une partie de la nuit…

Avant de repartir je reçois un appel d’Adon qui me dit qu’il passe bientôt par Figeac, et peut m’apporter les protège-poignets qu’il a retrouvé dans son jardin. Coup de chance ! Plus besoin de trouver un Décathlon finalement.

Il est 16h, la charge est terminée, à peine je suis reparti Google me fait déjà une blague en voulant me faire emprunter la voie ferré... je lui pardonne une fois de plus, il est bien précisé que l'itinéraire vélo est à utiliser avec précaution car c'est une bêta.


Je continue mon périple à travers le département du Lot, où le paysage évolue petit à petit. Ici c'est plus sec, je traverse des forêts de chêne, puis un immense terrain de chasse gardée avec un labyrinthe de sentiers où j'aurais vite fait de me perdre sans les indications destinées aux pèlerins. Je suis le GR65, un chemin de Compostelle, jusqu'au petit village de Bach où la plupart des habitations sont des gites, des auberges ou des chambres d'hôte. Je ne suis pas spécialement tenté d'aller dormir dans une de ces maisons car il fait beau et chaud dehors. Rapidement je trouve deux prises électriques à l'extérieur d'une maison. Je n'ai qu'un petit muret à enjamber, ça ne se fait pas, mais je le fais. Je m'allonge sur la pelouse à côté d'une ruche et observe les étoiles à côté des bourdonnements d'abeille.

Nuit 16 : J'ai chargé dans le jardin d'une maison.


Il me reste 110 kilomètres jusqu'à Toulouse, ça va être difficile de le faire en une journée mais faisable si je pars tôt. L'objectif de demain est de dormir chez Rémi, un ami que je connais depuis le lycée.

dimanche 11 octobre 2015

La Corrèze et le Cantal

Samedi 10 octobre, 17h, je quitte la gare du Mont-Dore, et continue la descente vers La Bourboule. Je passe près d'une source d'eau chaude où mon frère m'avait conseillé d'aller me baigner, mais il est trop tard. J'aimerais descendre en altitude le plus possible en espérant qu'il fasse moins froid plus bas, au cas où je dormirais à l'arrache, ce qui me semble probable.

Ça ne fait que descendre, je ne me souvenais pas avoir monté autant de dénivelé. J'ai beau parcourir des dizaines de kilomètres, les témoins du niveau de charge ne s'éteignent pas, j'en regagne même un en arrivant en Corrèze. Si ça continuait de descendre comme ça, je pourrais rouler toute la nuit sans charger.

J'ai laissé tomber l'idée de m'inviter chez les gens, mais je n'ai pas pour autant succombé à la facilité d'aller à l'hôtel. J'aurais aussi pu aller dans le premier bar à l'entrée de la ville, qui fermait cinq heures plus tard, mais non, j'ai décidé de jouer à mon jeu favori : la chasse à la prise électrique sauvage. Et ce soir, la ville de Bort-les-Orgues, en Corrèze, m'a donné du fil à retordre. Je me suis mis dans la peau d'un cambrioleur avec ma lampe torche, sauf que moi je ne casse rien, je ne vais que là où c'est ouvert, et je ne me sers que d'un petit kilowatt-heure, soit environ 5 centimes d'euros. Après avoir rendu visite aux toilettes publiques, à une aire de camping-car, une dizaine de sous-sol et garages abandonnés, plusieurs entrées d'immeubles, des jardins de pavillons, un hôpital, un musée, une église... j'étais à court d'idée. Et toujours pas de prise en état de fonctionnement. J'ai la sensation que cette ville est en ruine, j'ai accès à plein d'endroits, mais sans succès.
Je finis par me faire interpeller par un monsieur, pensant que son voisin se fait cambrioler, qui me propose de me dépanner en électricité mais refuse que je dorme chez lui, pas même dans le garage. Je poursuis mes recherches et finis par trouver une prise en bon état dans le garage d'un particulier resté ouvert. Mais je n'ose pas m'y installer, le propriétaire pourrait rentrer de soirée à tout moment, ça pourrait ne pas lui plaire, ou alors je pourrais me retrouver enfermé dans le garage si son retour éventuel ne me réveillait pas... Je garde quand même l'adresse en tête au cas où et je repars. Je finis par m'installer dans le sous-sol d'un immeuble, très propre par rapport à tout ce que j'ai pu visiter jusqu'ici, avec plusieurs prises disponibles dans les parties communes. Je ne vais pas très bien dormir, mais au moins demain matin je partirai tôt.

NUIT 14 : J'ai chargé dans les parties communes d'un immeuble.


Dimanche 11 octobre, 5h30, après quelques petites heures de mauvais sommeil sous les escaliers qui mènent au sous-sol, je me réveille et abandonne mon squat pour reprendre la route dans un épais brouillard glacial, m'empêchant de voir plus loin que deux lignes blanches au milieu de la route. Les piles de ma lampe peuvent tomber en panne à tout moment dans cette obscurité, et la ville suivante est à 30 kilomètres.
Je n'y vois tellement rien que je ne me rends même pas compte de l'inclinaison de la route. C'est en arrivant à Mauriac que je me rends compte que j'ai grimpé 500 mètres de dénivelé cumulé, à 25 km/h de moyenne. La batterie a besoin d'un peu de jus pour continuer, et pour la première fois on me refuse l'utilisation d'une prise dans un café. Tant pis pour lui, il n'a aucun client en plus. Pas facile de trouver quelque chose d'ouvert à 7h30 un dimanche matin, mais je finis par trouver un hôtel restaurant où l'on accepte que je me branche derrière le bar.

Après deux heures de charge, un café et un sandwich, je quitte Mauriac et descends une vallée me permettant de gagner encore un peu plus d’autonomie. Je remonte l’autre flanc par une longue pente à pied, plutôt pour me réchauffer que par soucis d’économie cette fois.
Puis j’arrive assez vite dans la ville de Pleaux par une petite départementale. Je repère immédiatement des toilettes publiques, où je peux recharger la roue tout en déchargeant le bonhomme de quelques kilos non négligeables qui feront peut-être gagner en autonomie… Je suis devenu tellement bon en repérage d’électricité que j’en oublierais d'aller manger au restaurant !


Pause recharge aux toilettes publiques de Pleaux.

Vous pouvez regarder cette vidéo qui a été tournée dimanche dernier lors de mon passage à Paris, où l'on me voit faire la brouette... quant à la vidéo de mon voyage que vous attendez, je suis désolé mais ça ne sera pas pour tout de suite, je n'ai pas trop le temps ni la motivation pour ça.


samedi 10 octobre 2015

Le Puy-de-Dôme

Vendredi 9 octobre, 17h, après être resté six heures sagement dans un coin du restaurant, j'explique aux curieux présents au bar comment fonctionne mon bolide et quel est le but de mon voyage. Décidément, les gens ici sont vraiment tous très sympathiques, je décerne à Gannat la palme de la ville la plus accueillante de mon périple. S'il avait fallu trouver où dormir ici, je pense que je n'aurais pas eu trop de mal.
Je quitte la ville, et le département par la même occasion, par une grosse départementale en ligne droite pendant des kilomètres. J'emprunte le bord de la route au côté du flot de véhicules, en alternant parfois avec les chemins en parallèles qui longent les champs de culture. Je commence à apercevoir au loin les montagnes du massif central que je vais devoir franchir demain.
Rien d'intéressant jusqu'à Clermont-Ferrand, j'avance à vive allure, et parcours ainsi près de 45 kilomètres en moins de deux heures, avec le bruit des voitures et des triple-bips de la roue du début à la fin !

La cathédrale de Clermont-Ferrand.

Je fais la course avec le tramway et arrive dans le centre-ville chez mon frère, qui habite une belle rue piétonne en pente, où je consomme les derniers watts-heure restants.

NUIT 13 : J'ai chargé chez mon frère.

Avec Mathéou à Clermont-Ferrand.

Samedi 10 octobre, 9h30, j'abandonne mon frère qui s'en va ramasser des champignons avec ses amis, et quitte Clermont-Ferrand en attaquant d'emblée la montagne à l'Ouest de la ville, en direction du volcan du Puy de Dôme. Si je veux réussir à traverser la chaîne de montagnes sans devoir recharger tous les 30 kilomètres, je suis conscient qu'il faut que j'y aille tranquillement dans les montées, quitte à faire de la marche à pied de temps en temps.
Je n'ai pas encore quitté l'agglomération que j'ai déjà perdu un de mes quatre voyants dans une rue en pente très forte. Immédiatement, je descends et emprunte un chemin de randonnée pédestre balisé qui monte raide dans la forêt.


Quelques centaines de mètres de dénivelé plus haut, j'arrive sur un plateau et déploie les pédales pour repartir en roulant.
Il est déjà 11h, je n'ai fait qu'une dizaine de kilomètres dont une bonne partie à pied. Hier à cette heure ci, j'avais déjà commencé la charge de la mi-journée. Je ne suis pas en avance mais ce n'est pas grave, je profite du beau temps et des chemins agréables en forêt. Je prends le temps de discuter avec quelques cyclistes qui, contrairement aux Parisiens, ne me traitent pas de feignant mais voient dans ma discipline une certaine forme d'effort. En fait, les gens semblent être agréables dans tout le département.


Je continue ma traversée dans des paysages plus sublimes les uns que les autres, en alternant marche à pied et roulage, en fonction de la pente et du type de chemin, afin d'optimiser au mieux la distance que je vais parcourir cette première moitié de journée.
Je parviens en début d'après-midi au col de Guéry qui culmine à 1268 mètres d'altitude, avec une batterie en manque d'énergie. Heureusement, une grande descente régénératrice m'attend. Et même si ça ne recharge pas aussi bien qu'une prise électrique, ça a au moins l'avantage de ne rien consommer.

Il est déjà 14h, j'arrive au Mont-Dore, petite ville dans une vallée près du Puy du Sancy, point culminant du massif central où la Dordogne prend sa source. C'est un peu tard pour chercher un restaurant. Je rentre dans la petite gare pour voir s'il y aurait une salle d'attente avec une prise... Bingo, il y en a même plusieurs, avec des chaises et une table. Je m'installe et ne verrai personne de toute l'après-midi. Il n'y a qu'un train par jour qui part de cette gare, et même lorsque celui-ci arrive, il n'y a toujours personne pour m'accompagner.
Je n'aurai pas le temps de recharger complètement la batterie, et de toute manière ce n'est pas la peine, il me reste beaucoup de descentes, et il n'est pas conseillé, parait-il, de régénérer une batterie déjà pleine.

Après trois nuits à la suite dans un lit, je n'ai rien prévu pour ce soir. C'est ma première étape en montagne, je n'ai donc pas vraiment idée de la distance que je serai capable de parcourir aujourd'hui. Je dormirai là où la roue décidera de s'arrêter ce soir...

vendredi 9 octobre 2015

Roulons pour l'Auvergnat

Jeudi 8 octobre, 17h, je dis au revoir à ma tante et quitte la petite ville de Bourbon l’Archambault. Je me retourne pour observer une dernière fois le beau château et repars sur les petites routes de campagne désertes. Il y a de longues montées, mais je n’ai pas peur de solliciter une forte puissance au moteur car je n’ai que 23 kilomètres pour aller chez mon hôte en pleine campagne dans le bourbonnais. C’est une toute petite étape pour cette fin de journée, mais ça me permet de me rapprocher de Clermont-Ferrand, pour que la journée de demain ne soit pas trop longue.
Les paysages ont beaucoup changés sur ce tronçon, je traverse les fermes, sur de petites routes communales au milieu des troupeaux de bêtes qui ruminent paisiblement en me regardant passer. Il fait très beau, le moral est bien remonté après un début de semaine difficile. Sur la route je reçois un SMS me disant qu’une douche et un apéro m’attendent. 
Arrivé chez Marc, un grand voyageur désormais à la retraite, je suis accueillis dans sa superbe maison. Il est flamand et m'offre le plaisir de savourer quelques verres de bière belge, suivis d’un très bon repas. Nous parlons beaucoup de voyages, il a parcouru le monde entier à vélo. Après quelques verres de vins, je vais me coucher et m'endors comme une masse.

NUIT 12 : J’ai chargé chez Marc.

Avec Marc, devant sa maison au Tronget.

Vendredi 9 octobre, 8h, je garde un rythme matinal, et attaque la route dans un froid glacial. Le soleil vient tout juste de se lever, les prés et les étangs sont couverts d’une brume matinale. Avant de partir Marc m’a conseillé un itinéraire, que je n’ai pas vraiment suivi, à tort car je finis dans la cour d'une ferme en me prenant les jambes dans une clôture qui barre le chemin, accaparé par l’écran de mon smartphone. Heureusement le fil n'est pas électrique, au grand regret d'une vache qui m'observe avec son air blasé de bovin.


Il n'y a personne dans cette région, quels que soient les circuits empruntés, je rencontre bien plus de troupeaux de vaches que de voitures. Ce n'est qu'en arrivant à Gannat, au sud de l'Allier, que je retrouve la civilisation. Il est encore tôt, je prends le temps de parcourir la ville de long en large pour repérer un restaurant où je pourrais charger pendant les cinq prochaines heures. Cette ville est très agréable et sociable, les gens semblent tous être sympathiques et beaucoup m’interpèlent à propos de mon engin. Il faut ouvrir une boutique eRoue à Gannat ! Le centre-ville est rempli de commerce en tout genre, et je finis par rentrer dans un bistrot qui fait restaurant, où j’interromps cinq chasseurs accoudés au comptoir dans leurs discussions passionnantes. Je m’installe dans un coin près d’une prise électrique et me distrais avec leurs conversations, qui me font penser au célèbre sketch des inconnus avec les bons et les mauvais chasseurs, ça parle sans cesse de chiens, de lièvres et de cartouches avec un accent pas toujours simple à comprendre.

J'ai déjà fait la moitié du chemin prévu aujourd'hui, il me reste moins de 45 kilomètres jusqu'à Clermont-Ferrand, mais je vais quand même attendre la fin complète de la charge car j'ai encore plus de 200 mètres de dénivelé à monter.
Avant de repartir, je prends une dernière mousse en lisant l'article que Bruno vient de publier à propos de mon voyage sur Les Numériques.